Article du CRI des Travailleurs n°2

Ouvrons la discussion : comment aider la mobilisation anti-guerre?
Quelques remarques sur les lignes de la L.C.R., du P.T. et de L.O.

Le 15 février, dans le monde entier, des millions de manifestants ont dit leur opposition à la guerre. En France, nous étions plus de 250 000 à Paris, des dizaines de milliers en province et, un peu partout, dans les quartiers, les facs, les lycées, fleurissent des comités contre la guerre, qui rassemblent les groupes ou les militants locaux de diverses organisations politiques et syndicales et des inorganisés. En Italie, en Angleterre, où les manifestations ont été gigantesques, des militants arrêtent les convois militaires et des cheminots refusent de conduire ces trains-là. Aux États-Unis mêmes, les étudiants multiplient les actions contre la guerre, y compris par des actions de grèève comme le 5 mars, et les syndicats sont de plus en plus nombreux à rejoindre l’appel US Labor Against War, appel relayé par des centaines d’organisations syndicales de tous les pays, représentant à elles seules 130 millions de syndiqués...

Mais en même temps, partout aussi, les travailleurs et les jeunes se demandent : peut-on vraiment empêcher la guerre ? Comment faire ?

Pour se donner les moyens d’empêcher la guerre, il faut, écrivions-nous dans notre précédent numéro, combattre en France pour l’unité des travailleurs, de la jeunesse et de leurs organisations syndicales (C.G.T., C.G.T.-FO­, F.S.U., S.U.D., C.N.T...) et politiques (à commencer par les organisations comme L.C.R., L.O., P.T., les courants de gauche du P.C.F., les groupes anarchistes, etc.). Selon nous, il est nécessaire, tout en participant activement à toutes les actions contre la guerre, de tracer dès à présent la seule perspective réaliste pour arrêter la guerre : celle de la grève générale politique contre la guerre, contre le gouvernement et pour les revendications. Tout travailleur, tout jeune est en droit de se demander : que proposent les directions des organisations pour lutter contre la guerre impérialiste en Irak ? Que font-ils pratiquement pour l’empêcher ?

Au titre d’une contribution à la discussion, nous souhaitons aborder ici quelques problèmes politiques posés selon nous par la ligne respective des trois principales organisations qui se réclament de la IVe Internationale dans ce pays, et qui constituent aujourd’hui des forces réelles, puisqu’elles regroupent à elles trois environ 15 000 militants, elles ont recueilli plus de 11% des voix lors de la dernière présidentielle, et elles possédent un poids important dans les syndicats et des associations diverses. Nous avons nommé la L.C.R., le P.T. et L.O.

Que fait la direction de la LCR ?

Sur la question de la guerre comme sur les autres, la L.C.R. persiste et signe dans sa ligne opportuniste, droitière, sans principes. Dans la continuité de son appel à voter pour Chirac au second tour de l’élection présidentielle, la L.C.R. compte avant tout sur le veto français pour faire obstacle à la guerre et essaie d’orienter sur cette ligne le mouvement anti-guerre. Ainsi l’éditorial de Rouge paru le 27 février ne parle-t-il pas une seule fois de la responsabilité de l’O.N.U. et de la France en particulier dans la guerre mené contre le peuple irakien par l’intermédiaire de l’embargo ; il ne dénonce pas une seule fois Chirac, ses intérêts propres dans cette affaire et son hypocrisie ; il ne parle pas de l’intervention impérialiste en Côte d’Ivoire ; il ne propose aucune analyse de classe, aucune perspective de lutte de classe ; il n’évoque même pas la nécessité de multiplier les actions pour bloquer l’acheminement du matériel de guerre, les arrêts de travail et les grèves contre la guerre ; il se contente d’appeler à manifester… « pour exiger de nos propres gouvernants qu’ils utilisent tous les moyens à leur disposition pour s’opposer à la volonté belliqueuse de Washington. Y compris par l’utilisation du droit de veto français au Conseil de sécurité de l’O.N.U. ! » Bref, comptons sur notre gentille bourgeoisie nationale contre les méchants Américains, et cantonnons le rôle des mobilisations populaires à une sorte de lobbying soft ! Rappelons-le, il s’agit de l’éditorial du journal central de la L.C.R., donc de la ligne officielle de l’organisation. C’est d’ailleurs exactement la même ligne qui est exprimée dans le tract d’appel de la L.C.R. à la manifestation du 5 mars. Drôle de politique pour une organisation qui se dit « communiste révolutionnaire » ! — Certes, un autre article, en p. 11 du même numéro, mentionne et soutient les actions de blocage des convois militaires, et va jusqu’à dire qu’« une nouvelle journée européenne, voire une grève générale, pourrait voir le jour » ; mais que propose-t-il pour que cette possibilité devienne réalité ? Rien d’autre que d’attendre gentiment… que la soi-disant « Confédération européenne des syndicats » (C.E.S.) le décide ! Les bureaucrates de la C.E.S., instruments de la réaction maastrichtienne, suppôts de la convention présidée par Giscard pour la réforme de l’Union européenne, partisans des privatisations et de la casse des services publics en Europe... pourraient faire quelque pas que ce soit pour organiser la lutte contre la guerre ? On devrait attendre leur feu vert pour préparer la grève générale contre la guerre ? On croit rêver. — Enfin, un troisième article, figurant également en p. 11, est beaucoup plus correct. Après avoir rappelé le slogan central des collectifs étudiants contre la guerre (« ONU ou pas, cette guerre on n’en veut pas ! »), il poursuit : « Nous devons renforcer le sentiment au sein du mouvement [anti-guerre] que seule notre mobilisation pourra stoper cette guerre. Chirac, qui fait la guerre en Côte d’Ivoire, ne s’oppose aux Etats-Unis que pour défendre les contrats de pétroliers français comme Total en Irak. (…) Alors que la période des manœuvres diplomatiques s’achève pour laisser place aux bombardements, le prochain objectif doit être à la heuteur de la situation. En cas d’attaque sur l’Irak, la réaction doit être immédiate. Le soir même : manifestation dans toutes les villes et grève générale sur les facs et les lycées ! ». En fait, le dernier article est écrit par un jeune des J.C.R. Or, de fait, les positions des J.C.R. sont beaucoup plus correctes que celles de la grande sœur L.C.R., et les milmitants jeunes s’investissent très activement dans les comités anti-guerre (ce qui n’est le cas que d’une minorité des militants L.C.R.)

Mais alors, comment expliquer un tel double langage dans l’organe central de la L.C.R. ? D’un côté, on fait croire aux jeunes, comme pour les séduire, qu’on est une organisation communiste révolutionnaire ; d’un autre côté, on oriente les militants formés dans le marais opportuniste droitier… Serait-ce pour achever la transformation de la L.C.R. en « pôle de radicalité », « 100% à gauche », voire ministérialisable comme au Brésil ou dans les rêves déclarés de Besancenot, mais en tout cas certainement plus marxiste, léniniste et trotskyste ?

Dès lors, n’est-il pas nécessaire pour les centaines de camarades de la J.C.R. et de la L.C.R. elle-même qui sont d’authentiques révolutionnaires, qui voient dans ces organisations des organisations révolutionnaires, qui veulent ou voudraient une orientation politique révolutionnaire, de lancer un combat politique contre leur vieille direction centriste d’origine pabliste, rompue depuis trente-cinq ans et plus à la canalisation opportuniste des aspirations révolutionnaires des jeunes et des militants, incorrigiblement petite-bourgeoise, manifestement irredressable ?

Que fait la direction du PT ?

Le P.T. explique plutôt correctement qu’on ne saurait faire confiance à Chirac, à l’O.N.U. ou à l’Europe pour s’opposer à la guerre, et il fait le lien avec la lutte de classe pour les revendications. Mais il tisse ce lien de manière très artifcielle, essayant d’attirer le combat contre la guerre dans l’ornière pacifiste et dans une orientation purement trade-unioniste (para-syndicale). Prenons par exemple l’article en p. 2 du n°577 d’Informations ouvrières, consacré à la guerre. Il commence par les couplets habituels et vides de sens sur la « crise du régime social fondé sur la propriété privée des moyens de production » et sur « les bases mêmes de la civilisation humaine », couplets qui, au P.T., tiennent lieu d’analyse de la situation. Mais finalement, quelle orientation propose le P.T. ? Comme d’habitude, il se contente d’appeler à la défense des acquis sociaux et de l’indépendance des syndicats par rapport à l’Union européenne et au gouvernement, ce qui est certes l’une des conditions d’une orientation juste, mais qui ne saurait évidemment constituer à elle seule l’orientation politique d’un parti ouvrier, encore moins d’un parti censé se réclamer (les jours de fête) du combat pour le socialisme. — « Non à la guerre », dit aussi le journal du P.T. Certes. Mais encore ? Comment, par quels moyens d’action ? Il n’y a aucun appel de l’Entente internationale des travailleurs, dont est membre le P.T., à bloquer les convois militaires, aucun appel à des arrêts de travail, aucune perspective de grève politique contre la guerre. Certes, I.O. parle constamment de « l’unité » ; on peut même dire que personne n’en parle autant que le P.T. ; mais de là à agir en ce sens, c’est une autre histoire. Dans la pratique, les militants du P.T. ne participent à aucune action unitaire, ils ne construisent pas les comités contre la guerre, préférant abandonner ce travail aux autres organisations (la direction invoquant pour justifier cette ligne l’opportunisme de celles-ci !). En un mot, les militants du P.T. renoncent par avance au combat politique dès qu’ils ne le dirigent pas. À l’exception des activités de leur propre parti (meetings, conférences internationales de syndicalistes, réunions de « comités » entièrement orientés et dirigés par le P.T.), les militants du P.T. ne déploient aucune activité politique, ils ne prennent jamais d’initiatives, la direction leur fait consacrer le plus clair de leur temps militant à leurs activités syndicales, au lieu de combiner celles-ci avec l’activité de politique. Pour les « lambertistes », tout le reste n’est, comme disait Lassalle en son temps, qu’une « masse réactionnaire ». Sauf, évidemment, les syndicalistes réformistes « indépendants » de la C.G.T. et surtout de F.O. (pour être considéré comme un « syndicaliste indépendant » par le P.T., il suffit de refuser la transformation de son syndicat en instrument de destruction des acquis sociaux). Dans ce cas, cela change tout. C’est même en fonction de l’état d’esprit de ces syndicalistes que la direction du P.T. construit sa stratégie. En ce qui concerne la question de la guerre, cela le conduit à une attitude qui frise la schizophrénie : autant, au niveau de son activité internationale, il a toujours incité les syndicats avec qui il travaille à se prononcer contre la guerre (l’Entente internationale est née ainsi au moment de la première guerre du Golfe), autant, sur le plan français, la question de la guerre a toujours été considérée comme le « domaine réservé » du parti, les militants du P.T. ne devant surtout pas en parler dans leurs syndicats, en particulier à F.O., afin de ne pas y « faire de politique » — prétexte qui cache mal la volonté de ne pas se mettre en porte-à-faux avec les réformistes, pour mieux garantir la routine du travail commun quotidien.

De fait, jusqu’au mois de février, les militants du P.T. n’avaient jamais proposé de résolutions contre la guerre dans les nombreux syndicats F.O. (et C.G.T.) ; dans I.O. n°574, la C.F.DT. est épinglée (à juste titre) pour en avoir appelé à l’O.N.U. ; mais rien n’est jamais dit contre la confédération F.O., pour qui la guerre semble ne pas exister (1)… La couardise des appareils syndicaux français sur la question de la guerre est pourtant certainement la principale raison pour laquelle les manifestations anti-guerre de Fance sont beaucoup moins nombreuses que celles de l’Espagne, de l’Italie, et de la Grande-Bretagne notamment, où les syndicats ont massivemnt mobilisé contre la guerre. Mais cette contradiction entre l’orientation internationale des « lambertistes » et leur activité en France devenait intenable. Sous la pression de leus propres contacts syndicalistes, qui sont de plus en plus nombreux à s’opposer à la guerre, mais surtout pour les besoins de leur activité internationale elle-même, les lambertistes viennent, pour la première fois, d’engager des syndicats F.O. et C.G.T. qu’ils dirigent dans des prises de position anti-guerre, afin de relayer l’appel des syndicats américains US Labor against War (mouvement auquel les lambertistes américains, moins paralysés par la tradition « apolitique » de F.O. que leurs camarades français, ont contribué). On ne peut que se féliciter du succès rencontré par cet appel grâce à toute une fraction du mouvement syndical américain, mais aussi grâce à l’appui du réseau syndical international auquel se ramène de plus en plus le lambertisme comme courant politique (cf. I.O. n°578 du 26 février pour la liste des syndicats signataires de l’appel américain). Mais, ici comme ailleurs, ce succès de la politique trade-unioniste (para-syndicale) et purement pacifiste des lambertistes ne palliera ni l’absence de toute orientation politique (orientation révolutionnaire de transition), ni, par conséquent, l’isolement et l’invisibilité politique totale du P.T. en tant que parti politique. En particulier, se pose la question de savoir ce que la direction du P.T. va faire de ce succès. Et d’abord en France. Va-t-elle engager sérieusement dans le combat contre la guerre tous les syndicats dirigés par dans militants du P.T., au risque d’ouvrir un conflit avec l’appareil réformiste ? Va-t-on enfin voir les syndicats F.O. et C.G.T. dirigés par les lambertistes dans les manifestations contre la guerre ? Va-t-on les voir décider par leurs instances des textes appelant les travailleurs à la mobilisation, jusqu’à la grève, pour arrêter la guerre ? Le P.T. comme parti va-t-il enfin proposer des actions unitaires aux autres organisations syndiclales et politiques ? Va-t-il enfin mettre en avant la perspective de la grève générale politique contre la guerre, en relation avec l’ensemble de la situation politique (licenciements massifs, régionalisation, attaque contre les retraites, lois sécuritaires, etc.) ?

Malheureusement, il semble clair que la direction ne s’engagera pas sur cette voie, qui constituerait une mise en cause radicale l’orientation purement parasyndicale et routinière qui est la sienne depuis des années. Il reviendra tôt ou tard aux camarades qui voient encore dans le C.C.I.-P.T. des organisations révolutionnaires d’engager le combat pour une ligne réellement révolutionnaire (sur la base d’un vrai « programme de transition ») et de faire par eux-mêmes l’expérience du caractère manifestement irredressable de la direction centriste sclérosée du C.C.I.-P.T.

Que fait la direction de L.O. ?

Dans sa presse, la direction de L.O. défend verbalement une position correcte, elle dénonce patiemment, pédagogiquement, le rôle de l’O.N.U. et les manœuvres de Chirac, refusant, comme en mai dernier, l’union sacrée derrière l’appel au veto. Mais elle s’en tient là. Certes, elle continue d’envoyer ses militants prêcher la bonne parole aux travailleurs et aux jeunes, mais en aucun cas ils ne prennent l’initiative de regroupements politiques des travailleurs, ne s’investissent dans la construction unitaire du mouvement contre la guerre, dans la constitution de comités ad hoc , dans les syndicats, dans l’appel à de vraies actions contre la guerre (blocage des trains et des bateaux acheminant le matériel de guerre, grève dans les usines d’armement, arrêt de travail, grève partout ailleurs…). De son appréciation formellement correcte de l’impérialisme, L.O. ne tire aucune conclusion pratique, sinon, comme d’habitude, qu’il n’y a rien d’autre à faire que d’attendre, en continuant le travail routinier de diffusion du journal et les discussions individuelles avec des sympathisants. Comment la direction de L.O. justifie-t-elle une telle passivité ? Les travailleurs et les jeunes, dit-elle, seraient encore et toujours démoralisés, pas prêts à se battre, « pacifistes », pas rrrrrévolutionnaires, etc. Des millions défilent contre la guerre, des milliers s’organisent dans des comités anti-guerre, des centaines de milliers manifestent contre la destruction de leurs retraites, les salariés d’EDF-GDF viennent d’imposer une défaite cinglante au gouvernement et aux bureaucraties syndicales qui veulent liquidier leur régime de retraite et privatiser l’entreprise… mais pour la direction L.O., il ne se passe absolument rien, son baromètre mesurant l’état d’eprit des masses est manifestement sur zérto depuis trente ans et plus. La direction de L.O. attend que de « grands événements » tombent du ciel et, en attendant, elle ne prend pas la moindre initiative et fait retomber la responsabilité de sa propre démoralisation et de sa propre passivité sur les masses. Voilà qui est bien loin d’une politique révolutionnaire, faisant des analyses politiques un tremplin pour l’intervention active dans la lutte aux côtés des exploités et des opprimés. Car, à quoi peut bien servir un parti, s’il ne peut rien faire d’autre que de commenter impuissant les événements, sans chercher la voie pour influencer leurs cours en faveur des exploités et des opprimés ? (2) Les camarades de L.O. devront tôt ou tard se battre contre cette ligne de leur direction pétrifiée et prendre conscience que des décennies de passivité et de démoralisation ne peuvent forger une direction capable de progresser réellement sur la voie de la construction du parti communiste révolutionnaire.


1) Exemple : des camarades lambertistes (au nom de l’indépendance parti/syndicat !), lors de tel congrès de tel syndicat départemental qu’ils dirigent, ont tenté de s’opposer à une résolution contre la guerre proposée par des militants CRI. Cette résolution ayant été finalement maintenue, les camarades lambertistes ont tout fait pour en arrondir les angles et surtout pour en ôter toutes propositions d’action concrètes ; finalement, certains votèrent pour, d’autres s’abstinrent… Par la suite, la résolution resta évidemment lettre morte, le syndicat départemental n’appela à aucune action concrète contre la guerre, pas même à la manifestation du 15 février…

2) À dire vrai, la direction de L.O. ne reste pas… absolument inactive : de même qu’Alain Krivine, responsable de la L .C.R., les trois députées de L.O. au Parlement européen viennent de s’abstenir (sic) sur le vote d’une résolution qui était pourtant, selon leur propres termes, une résolution « faussement pacifiste et humaniste, dont le seul but est de dédouaner les bonnes âmes parlementaires tout en justifiant à l’avance les menées bellicistesde Bush et des impérialismes complices qui lui emboiteront le pas » (explication de vote de Bordes, Cauquil et Laguiller, Parlement européen, séance du 30 janvier 2003, source : compte-rendu in extenso des séances consultables sur www.europarl.eu.int/home/default_fr.htm). De fait, cette résolution se place entièrement sur le terrain de l’O.N.U. et est complètement pourrie, comme à peu près toutes les résolutions adoptées par le Parlement européen. Est-il bien correct de dénoncer d’un côté, à longueur de colonnes, à juste titre, l’hypocrisie de Chirac et de l’O.N.U. et, d’un autre côté, de ne pas voter contre une résolution pourrie du Parlement des impérialistes européens ?