Article du CRI des Travailleurs n°28

Contribution d'un militant CGT de PSA-Mulhouse au Forum du syndicalisme de classe et de masse

Nous publions ici une contribution rédigée par Vincent Duse, militant CGT à PSA-Mulhouse, pour le Forum du syndicalisme de classe et de masse du 26 mai dernier, auquel il n’avait pu participer.

« Salut les camarades,

Ne pouvant pas assister au Forum, je vous adresse une contribution écrite forcément limitée pour des raisons liées au manque de temps. Les échanges entre toutes les composantes des collectifs et des syndicats qui ont de vrais désirs de lutter contre le capital, lors de cette réunion, en appelleront d’autres.

La situation des travailleurs du groupe PSA et les attaques de Streiff

Depuis de nombreuses années le groupe PSA accumule des profits colossaux en exploitant plus de 200 000 salariés. La situation de l’entreprise n’est pas au bord du gouffre bien au contraire. Avec plus de 9 milliards sur la seule période 1998-2004 et dans le cadre de la propagande patronale, ils nous disent qu’il faut encore se serrer la ceinture pour que la boîte se porte mieux, comprenez : qu’elle fasse encore plus de pognon sur notre dos avec la collaboration des autres organisations syndicales qui avalisent tous les plans d’austérité. Les postes supprimés sont légions dans les usines du groupe PSA, tandis que les gains de productivité ont atteint plus de 13 %. Avec la chasse au temps mort, plus de temps pour récupérer entre deux trajets en voiture. La dégradation des conditions de travail est catastrophique, il suffit de regarder de plus près le nombre de maladies de courte durée, qui a littéralement explosé sur le site de Mulhouse, et les maladies professionnelles également. Et pour cause : la production a augmenté de plus de 65 % entre 1998 et 2004, avec un effectif des sites toujours revu à la baisse. Tout cela pour que les actionnaires puissent s’en mettre plein les poches. L’assemblée des actionnaires qui s’est tenue le 23 mai 2007 à Paris est significative de la volonté de STREIFF de faire trinquer encore la classe ouvrière.

Avec le versement de 317 millions d’euros de dividendes pour la période la plus mauvaise de l’entreprise (2005), les salariés ont vu leur intéressement baisser de moitié mais pas les dividendes aux actionnaires (à elle seule la famille Peugeot a touché 95 millions) : 317 millions soit l’équivalent de 1 500 euros pour chacun des 200 000 salariés du groupe PSA. D’autres gros actionnaires comme les banques ont touché le pactole également .

En début d’année la direction versait des larmes de crocodile en annonçant qu’il y avait seulement 176 millions d’euros de bénéfices en 2006. Ils ont oublié un peu vite la fermeture de l’usine de Ryton en Angleterre qui a coûté la somme de 220 millions d’euros. Et ils vont remettre cela pour cette année avec le rachat d’1 milliard d’actions et faire monter le cours de l’action à 65 euros. Des stock-options à la pelle seront distribués aux dirigeants de l’entreprise pour un montant de 2,5 milliards. Oui, il n’y a pas à dire, ça va vraiment très mal pour PSA !

Mais il y a eu aussi des luttes comme celle d’Aulnay avec 5 semaines de grève pour une augmentation de 300 euros, l’embauche de tous les précaires qui sont très nombreux et qui sont les premiers à faire les frais des restructurations du groupe PSA par des licenciements massifs, un plan de départ pour les anciens qui sont usés et que les patrons et le gouvernement veulent continuer à faire bosser. Même si la lutte n’a pas été élargie à tout le groupe PSA malgré une proposition du syndicat Peugeot Mulhouse, c’est une occasion perdue mais ça a donné confiance aux ouvriers d’Aulnay qui ont démontré que le lion peut être vaincu par la grève.

Les salariés de la sous-traitance sous la menace de plan de licenciements massif

En effet si un plan d’austérité est mis en place, ce qu’on appelle les donneurs d’ordre que sont les grands groupes Peugeot et Renault vont, dans le cadre du plan Streiff, mettre les boîtes en concurrence pour arracher les marchés.

Pourtant la résistance s’organise dans le cadre de collectif automobile CGT dans le Haut-Rhin mais également ailleurs en France. Ce qui manque le plus c’est un vrai pôle revendicatif de lutte anticapitaliste et qui ne porte pas seulement dans certaines boîtes ces revendications mais partout sur le territoire. Voilà tout l’objectif de cette réunion de constitution d’une forme d’associationnisme prolétarien.

La nécessité de l’organisation pour faire échec au capital

Il est plus que nécessaire de se regrouper dans ce but. Même si nous avons des différences en terme de sensibilité politique, ce qui doit nous animer c’est l’unification des luttes et leur convergence. Les centrales syndicales qui veulent négocier avec le gouvernement Sarkozy pour faire la peau au prolétariat ont déjà trahi et c’est aussi une des raisons du manque d’intérêt des ouvriers pour les organisations syndicales. Ce qu’elles ne font pas, nous devons le construire ensemble sur des bases de classe. Il faut définir collectivement les repères revendicatifs. »