Le CRI des Travailleurs
n°34
(novembre-décembre 2008)

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II. Thèses pour l'intervention politique dans la lutte des classes


Auteur(s) :Groupe CRI
Date :1er janvier 2003
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La méthode qui doit guider les militants communistes révolutionnaires internationalistes est décrite et expliquée par Trotsky dans le Programme de Transition de la manière suivante :

« La tâche stratégique de la prochaine période — période prérévolutionnaire d’agitation, de propagande et d’organisation — consiste à surmonter la contradiction entre la maturité des conditions objectives de la révolution et la non-maturité du prolétariat et de son avant-garde (désarroi et découragement de la vieille génération, manque d’expérience de la jeune). Il faut aider les masses dans le processus de leurs luttes quotidiennes, à trouver le pont entre leurs revendications actuelles et le programme de la révolution socialiste. Ce pont doit consister en un système de REVENDICATIONS TRANSITOIRES, partant des conditions actuelles et de la conscience actuelle de larges couches de la population et conduisant invariablement à une seule et même conclusion : la conquête du pouvoir par le prolétariat.

« La social-démocratie classique, qui développa son action à l’époque où le capitalisme était progressiste, divisait son programme en deux parties indépendantes l’une de l’autre : le programme minimum, qui se limitait à des réformes dans le cadre de la société bourgeoise, et le programme maximum, qui promettait pour un avenir indéterminé le remplacement du capitalisme par le socialisme. Entre le programme minimum et le programme maximum, il n’y avait aucun pont. La social-démocratie n’a pas besoin de ce pont, car de socialisme, elle ne parle que les jours de fête. (…)

« La tâche stratégique de la IVe Internationale ne consiste pas à réformer le capitalisme, mais à le renverser. Son but politique est la conquête du pouvoir par le prolétariat pour réaliser l’expropriation de la bourgeoisie. Cependant, l’accomplissement de cette tâche stratégique est inconcevable sans que soit portée la plus grande attention à toutes les questions de tactique, mêmes petites et partielles.

« Toutes les fractions du prolétariat, toutes ses couches, professions et groupes doivent être entraînés dans le mouvement révolutionnaire. Ce qui distingue l’époque actuelle, ce n’est pas qu’elle affranchit le parti révolutionnaire du travail prosaïque de tous les jours, mais qu’elle permet de mener cette lutte en liaison indissoluble avec les tâches de la révolution.

« La IVe Internationale ne repousse pas les revendications du vieux programme "minimum", dans la mesure où elles ont conservé quelque force de vie. Elle défend inlassablement les droits démocratiques des ouvriers et leurs conquêtes sociales. Mais elle mène ce travail de tous les jours dans le cadre d’une perspective correcte, réelle, c’est-à-dire révolutionnaire. Dans la mesure où les vieilles revendications partielles "minimum" des masses se heurtent aux tendances destructives et dégradantes du capitalisme décadent — et cela se produit à chaque pas —, la IVe Internationale met en avant un système de REVENDICATIONS TRANSITOIRES dont le sens est de se diriger de plus en plus ouvertement et résolument contre les bases mêmes du régime bourgeois. Le vieux "programme minimum" est constamment dépassé par le PROGRAMME DE TRANSITION dont la tâche consiste en une mobilisation systématique des masses pour la révolution prolétarienne. »

Aujourd’hui, face à l’offensive en règle de l’impérialisme contre les conquêtes sociales (et démocratiques) que la classe ouvrière a arrachées par sa lutte de classe, il peut sembler tentant de s’en tenir à une sorte de nouveau programme minimum, consistant exclusivement en la défense de ces conquêtes. Pourtant, cette activité, nécessaire en elle-même, ne peut que conduire aux illusions et aux impasses si elle devient un but en soi. De même, il est bien évidemment hors de question de s’en tenir à une activité stérile, purement propagandiste, consistant à populariser uniquement le « programme maximum ».

Aujourd’hui comme hier, dans le « travail de tous les jours », la « tâche stratégique » du parti communiste révolutionnaire internationaliste est d’ « aider les masses dans le processus de leurs luttes quotidiennes, à trouver le pont entre leurs revendications actuelles et le programme de la révolution socialiste ». Aucune place ne doit être laissée à l’illusion selon laquelle les conditions ne seraient pas réunies pour mener d’ores et déjà, dans l’activité politique quotidienne, le travail de construction du parti intervenant dans la lutte de classes sur une ligne communiste révolutionnaire.

Il est nécessaire de bien comprendre le rapport entre réformes et révolution en étudiant les enseignements de l’histoire. De fait, les réformes sociales progressives obtenues par le prolétariat ne sont jamais rien d’autre qu’un sous-produit de sa mobilisation révolutionnaire contre le système capitaliste, en particulier quand celle-ci a été trahie par les appareils du mouvement ouvrier. En particulier, c’est parce qu’elle était confrontée à une vague révolutionnaire sans précédent que la bourgeoisie occidentale, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, a été contrainte, pour maintenir sa domination de classe, de céder à la classe ouvrière d’importantes conquêtes sociales en renonçant à une partie de sa plus-value, ainsi convertie en part de la valeur de la force de travail. En France, notamment, les réformes progressives comme la Sécurité Sociale, le statut général de la Fonction Publique, les conventions collectives, l’enseignement professionnel et, dans le cadre des nationalisations capitalistes, les services publics, la péréquation tarifaire et les emplois à statut — toutes ces réformes ne sont rien d’autre que des sous-produits de la lutte révolutionnaire des travailleurs, qui a été trahie par le P.C.F. et la S.F.I.O. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, aujourd’hui, la bourgeoisie, ayant pu reprendre l’offensive contre la classe ouvrière, démantèle ses conquêtes sociales, afin de récupérer la part relative de la valeur qu’elle avait dû lui céder (même si elle s’était rapidement rattrapée en termes absolus grâce à la soumission au capital d’un nombre sans précédent de travailleurs en France et dans les colonies, dont les richesses ont en outre été littéralement pillées).

Il est donc parfaitement illusoire de croire que l’on pourra défendre avec succès les conquêtes sans la mobilisation révolutionnaire des masses, jusques et y compris la dictature du prolétariat. La lutte pour la défense des grandes conquêtes ouvrières aujourd’hui comme la lutte pour leur acquisition hier ne peut et ne pourra passer par des voies « réformistes ». La défense des droits démocratiques et des conquêtes sociales encore existantes, la reconquête de celles qui ont été perdues, ainsi que toute réforme réellement progressiste ne pourront aboutir effectivement que par des mobilisations du prolétariat dont l’ampleur sera telle qu’elle mettra par elle-même très concrètement à l’ordre du jour la conquête du pouvoir politique.

C’est pourquoi, tout en partant toujours des revendications et des aspirations spontanées des travailleurs, le parti communiste révolutionnaire internationaliste doit mettre en avant des revendications politiques de transition, dont le but est d’indiquer en toutes circonstances que seule la rupture avec la logique même du mode de production et de la société capitalistes permettra leur satisfaction réelle. Il s’agit toujours de faire comprendre aux travailleurs et aux opprimés que, en dernière analyse, la satisfaction véritable des revendications sociales et politiques qu’ils définissent eux-mêmes est contradictoire avec le système capitaliste, et exige donc qu’ils prennent eux-mêmes en main leur propre destin, afin d’imposer ces revendications par leur propre mobilisation révolutionnaire.

Pour chaque revendication des travailleurs, les capitalistes et leurs porte-parole ont toujours rétorqué et rétorqueront toujours que sa satisfaction est « irréaliste », « impossible ». En dernière analyse, il est exact que la satisfaction des revendications se heurte nécessairement aux étroites limites du système capitaliste, et c’est pour cette raison que le parti communiste révolutionnaire internationaliste doit dénoncer les illusions réformistes et aider les travailleurs à comprendre par leur propre expérience la nécessité de liquider ce système pour satisfaire leurs revendications. Cependant, la satisfaction plus ou moins partielle d’un certain nombre de revendications est toujours possible selon les circonstances et surtout selon le rapport de forces entre la classe ouvrière et la bourgeoisie. Même si cette dernière fera tout pour récupérer tôt ou tard ce qu’elle a dû concéder, la lutte pour chaque revendication particulière doit toujours être menée le plus loin possible, dans l’idée que la victoire est possible ; cela permet parfois de gagner effectivement, et cela aide toujours les travailleurs à faire l’expérience de leur force organisée et à acquérir confiance en eux-mêmes.

La stratégie générale pour la construction du parti communiste révolutionnaire internationaliste se concentre, sous une forme appropriée, dans la mise en avant de la perspective suivante, dont le contenu est révolutionnaire et la forme populaire : gouvernement des travailleurs, pour les travailleurs, par les travailleurs. Sous une forme ou sous une autre, chaque revendication transitoire doit être reliée à cette perspective qui les unifie.

Voici les principales revendications transitoires (avec un certain nombre de formulations propres aux conditions de la France) qui doivent être mises en avant par le parti communiste révolutionnaire internationaliste, de manière régulière et systématique, par l’agitation quotidienne dans la lutte de classe :

Pour les droits et conquêtes démocratiques

Depuis que la bourgeoisie a conquis définitivement le pouvoir contre les seigneurs féodaux (entre le XVIIe et le XIXe siècle pour les pays avancés), et particulièrement depuis que le prolétariat a commencé à se dresser comme acteur autonome sur la scène de l’histoire (à partir du milieu du XIXe siècle), la bourgeoisie n’est plus capable de se conduire en classe politiquement progressiste, même en ce qui concerne ses principales missions historiques spécifiques que furent la constitution des États-nations, les conquêtes démocratiques, l’affirmation des « droits de l’homme », etc. Il revient au prolétariat de poursuivre le combat pour la démocratie (démocratie réelle ou sociale), et même de défendre les conquêtes progressistes et démocratiques contre la bourgeoisie elle-même. Il convient donc d’appliquer la théorie de la « révolution permanente » en l’adaptant aux circonstances contemporaines.

Aujourd’hui, la bourgeoisie impérialiste des pays européens transfère le maximum de ses pouvoirs politiques à des institutions supra-nationales non élues, qui sont les relais directs et exclusifs du capital financier (Commission européenne, Banque centrale européenne, etc.). La bourgeoisie des pays dominés renonce de plus en plus à toute souveraineté, dans le but de mieux livrer les richesses des peuples au pillage impérialiste. Partout, la bourgeoisie bafoue ainsi le principe démocratique de la souveraineté du peuple, historiquement acquise dans un cadre national, voire républicain. Il s’agit pour elle de substituer à ce principe, dont la réalisation n’a pourtant jamais été que formelle dans le cadre de l’État bourgeois, celui de la souveraineté du « marché ». La persistance de pouvoirs élus, d’une certaine dépendance des représentants vis-à-vis de la population, aussi limitée soit-elle dans le cadre d’institutions politiques bourgeoises, constitue pour la bourgeoisie un obstacle dans la mise en œuvre de toutes ses contre-réformes, en particulier la casse des droits ouvriers, la remise en cause des services publics, les directives sociales régressives, etc. Les traités de Maastricht et d’Amsterdam fournissent le cadre et l’instrument juridique essentiel du démantèlement des conquêtes de la classe ouvrière en Europe. Ces conquêtes ayant été arrachées dans le cadre national, voire républicain, le démantèlement de ce cadre, notamment par l’intermédiaire de la régionalisation, est un moyen fondamental pour leur liquidation, incluant aussi le démantèlement de conquêtes nationales-démocratiques progressistes elles-mêmes. C’est pourquoi le prolétariat doit défendre, de son propre point de vue socialiste, le principe républicain, la République en tant que cadre juridique des libertés démocratiques, de l’égalité en droit, de l’école laïque, etc. : comme l’écrivait Lénine dans L’État et la révolution, « nous sommes pour la république démocratique en tant que meilleure forme d’État pour le prolétariat en régime capitaliste ». En particulier, il est nécessaire de combattre aujourd’hui la régionalisation en tant qu’instrument politique pour casser les acquis de la classe ouvrière inscrits dans la loi : nous sommes pour « défendre, du point de vue du prolétariat et de la révolution prolétarienne, le centralisme démocratique, la république une et indivisible » (Lénine). Bien évidemment, cela implique que le parti communiste révolutionnaire internationaliste ne défend en aucun cas la République bourgeoise et la nation en soi, auxquelles il doit opposer au contraire la perspective des États-Unis socialistes, la République socialiste universelle des conseils et les mots d’ordre politiques révolutionnaires de transition. Plus généralement, il ne doit jamais se borner à la simple défense des conquêtes démocratiques de la bourgeoisie progressiste du passé. Il doit montrer au contraire pourquoi seul un gouvernement des travailleurs, par les travailleurs, pour les travailleurs, pourra garantir et réaliser les conquêtes démocratiques mêmes les plus élémentaires. Il doit souligner à chaque étape de la lutte que les politiciens « de gauche » comme « de droite », parce qu’ils sont les valets du système capitaliste, ne peuvent ni ne veulent la démocratie véritable, que celle-ci a pour condition la rupture avec l’État bourgeois. C’est exclusivement dans cette perspective qu’il doit mettre en avant les mots d’ordre suivants :

Dans les pays dominés, où la population subit encore une oppression semi-féodale qui s’ajoute à l’exploitation économique, les conquêtes nationales-démocratiques n’ont souvent qu’une existence très partielle, voire purement formelle ; le parti communiste internationaliste doit donc y défendre les revendications nationales et démocratiques contre l’impérialisme, tout en dénonçant à la fois les restes du féodalisme et les bourgeoisies nationales qui se font la complice de l’impérialisme pour piller leurs propres peuples. De manière nécessairement combinée avec les revendications proprement prolétariennes, socialistes et transitoires, il convient donc d’avancer les revendications nationales-démocratiques suivantes :

Pour le droit au travail

La constitution d’une armée industrielle de réserve, le chômage de masse, les vagues périodiques de licenciements, l’explosion du travail précaire et du travail à temps partiel sont les produits inévitables de l’accumulation capitaliste. Face à cela, le parti communiste révolutionnaire internationaliste doit mettre en avant les mots d’ordre suivants :

Dans le système capitaliste, l’exacerbation de la concurrence entre les entreprises contraint à rechercher un taux de profit maximum et subordonne donc l’accroissement continu de la production et de la productivité du travail social à l’aggravation du degré d’exploitation de la force de travail, à la dévalorisation de la force de travail et à des « dégraissages » réguliers, au lieu de les faire servir à une amélioration des conditions de travail, en particulier à une réduction du temps de travail. Ce n’est ni le développement des machines, de la technique et de l’informatique, ni des salaires « trop élevés », ni des « garanties trop rigides », qui sont la cause de tous ces maux, mais l’essence même du système capitaliste. Face à cela, le parti communiste révolutionnaire internationaliste doit se prononcer :

La loi de l’accumulation capitaliste se réalise nécessairement à travers la concurrence entre les travailleurs aux niveaux régional, national et international, provoquant ainsi une tendance des salaires réels à la baisse. En outre, comme l’explique Marx dans Le Capital, dans les conflits sur les taux du salaire qui opposent la classe ouvrière aux capitalistes, « Adam Smith a déjà montré qu’en gros, (…) c’est toujours le maître qui a le dernier mot ». Certes, la lutte de classe quotidienne peut toujours permettre des améliorations partielles et temporaires du niveau de vie des travailleurs ; mais il faut bien expliquer aux travailleurs que seule leur mobilisation révolutionnaire a permis de grandes conquêtes en matière salariale et que leurs acquis, toujours précaires et menacés, finiront nécessairement par être repris par le système capitaliste — s’ils ne l’ont pas déjà été — sans de nouvelles et puissantes mobilisations révolutionnaires et, en dernière analyse, sans la victoire de la révolution. C’est dans une telle perspective que le parti communiste révolutionnaire internationaliste doit se prononcer :

Pour le droit à la santé et à la protection sociale

Ce sont avant tout les mobilisations révolutionnaires des masses, en particulier à l’issue de la Seconde Guerre mondiale et pendant la « décolonisation », qui ont permis à la majorité des travailleurs des pays développés et, de manière beaucoup plus limitée, aux travailleurs de nombreux pays dominés, de profiter dans une large mesure des progrès fulgurants de la médecine et de la pharmacie pendant plusieurs décennies. Presque immédiatement, les gouvernements ont essayé de rogner sur ces acquis, de les mettre en cause pour économiser le budget de l’État et faire des cadeaux aux capitalistes. Partout, cette orientation s’est réalisée de manière accélérée au cours des vingt dernières années, et l’on peut considérer que, en ce qui concerne les pays développés, le pire est à venir dans une large mesure — la situation sanitaire des autres pays étant d’ores et déjà catastrophique. En dernière analyse, ni cette situation désastreuse dans les pays dominés, ni l’inversion de la tendance qui fait déjà de graves dégâts dans les pays impérialistes, ne pourront être combattues dans le cadre du système capitaliste, dont la logique même est antagonique avec le droit à la santé pour tous. Dans cette perspective, le parti communiste révolutionnaire internationaliste doit combattre :

Les travailleurs ont le droit de profiter au maximum de leurs vieux jours après avoir travaillé toute leur vie. Rien ne saurait justifier que l’on rogne sur cet acquis fondamental que représente le droit à la retraite, incluant un montant décent des pensions. Par ailleurs, tout doit être fait pour assurer à la fois une autonomie maximale aux personnes âgées et le droit de séjourner si elles le souhaitent dans des établissements spécialisés de qualité. Le parti communiste révolutionnaire internationaliste doit se prononcer : 

Le système capitaliste conduit, indépendamment même des guerres, famines, épidémies et autres catastrophes générales qu’il provoque régulièrement, à la suppression quotidienne, mais évitable, de millions de vie. Sans parler de maux comme l’accroissement incessant du taux de suicide (notamment chez les jeunes privés d’avenir et les chômeurs), des maladies causées par le tabac et l’alcoolisme figurent parmi les principales causes de mortalité dans les pays développés. En effet, ces maux sont inhérents à un système fondé sur la propriété privée, la rentabilité marchande et le gaspillage, et qui conduit des centaines de milliers de travailleurs et de chômeurs accablés par la misère sociale et morale à se réfugier en particulier dans l’alcool et à consommer abusivement du tabac industriel hautement nuisible pour la santé. Face à ces maux, tout en expliquant qu’ils ne peuvent pas être guéris dans le système actuel, le parti communiste révolutionnaire ne doit en aucun rester indifférent, mais doit les dénoncer comme produits par le système et mettre en avant par exemple les mots d’ordre suivants :

Pour le droit à l’instruction

La bourgeoisie révolutionnaire du XVIIIe siècle affirmait vouloir « éclairer » le peuple, Condorcet allant jusqu’à proposer l’instruction publique obligatoire pour tous. Dans la pratique, il a fallu près d’un siècle, en France, pour qu’elle instaure enfin l’instruction primaire gratuite, laïque et obligatoire, afin de consolider son pouvoir contre la réaction monarchiste, bonapartiste et catholique, soutenue en cela par la classe ouvrière (la Commune de Paris fut le premier gouvernement à décréter l’école publique, gratuite, obligatoire et laïque). Après la Seconde Guerre mondiale, les besoins de main d’œuvre qualifiée engendrés par la croissance économique rapide et l’aspiration des masses à l’instruction (exigence de l’accès au collège et au lycée pour un beaucoup plus grand nombre d’enfants, recul de l’âge de scolarité obligatoire) ont conduit au phénomène de la « massification » de l’enseignement. Depuis lors, tous les gouvernements de la IVe et surtout de la Ve République, ont tout fait pour que la massification ne soit pas une véritable « démocratisation », c’est-à-dire pour limiter la nécessaire augmentation des crédits au minimum (sauf quant il s’est agi de subventionner l’enseignement privé) et pour réduire la qualité de l’instruction du peuple en la limitant autant que possible aux besoins de main d’œuvre des entreprises et aux impératifs idéologico-politiques de l’État. L’offensive en ce sens a été accélérée depuis vingt ans, avec l’effort démagogique — guidé en fait par des considérations de rentabilité, par les besoins des entreprises et par l’obscurantisme d’une véritable idéologie officielle de l’État — pour imposer une « pédagogie » officielle, fondée sur « l’école comme lieu de vie » et « l’élève au centre du système » (c’est-à-dire la négation de la mission d’instruction de l’école), l’élagage des programmes et des volumes d’heures de cours, la lutte contre « l’encyclopédisme », etc. Dans le même temps, l’enseignement professionnel public, le caractère national des diplômes (reconnus par les conventions collective) ont subi des attaques majeures. — Face à cette situation, le parti communiste révolutionnaire internationaliste explique que le système capitaliste est antagonique avec l’instruction générale du peuple, avec la diffusion du savoir et de la culture parmi les masses, avec la formation de l’esprit critique pour le plus grand nombre, car le système de l’enseignement est directement soumis aux exigences économiques, politiques et idéologiques de l’État bourgeois (et des Églises). Une véritable instruction de haut niveau de tous les enfants du peuple suppose de rompre avec la logique de l’État capitaliste, toute autre politique ne pouvant conduire qu’à de nouvelles détériorations des conditions matérielles et du niveau de l’enseignement. C’est dans cette perspective que les mots d’ordre suivants doivent être avancés :

Pour le droit au logement

Le système capitaliste inclut la propriété privée des logements : les propriétaires fonciers et les capitalistes s’allient pour imposer l’impératif du profit contre le droit au logement. Il en résulte la persistance et l’augmentation du nombre de sans-logis (600 000 personnes en France, hypocritement rebaptisées « sans domicile fixe ») alors même qu’il existe un nombre encore plus important d’appartements vacants, ainsi que des locaux de bureaux vides dont l’unique fonction est de faire monter les prix du marché par la spéculation. Il en résulte aussi, pour des millions de familles, notamment dans les grandes villes et leurs banlieues, un coût extrêmement élevé des loyers, pour des logements qui sont souvent exigus, voire délabrés ou même insalubres. Il en résulte aussi des expulsions nombreuses. Depuis trente ans, les principales dispositions de la loi progressiste de 1948 sur les locations ont été progressivement abrogées et le logement social a subi des attaques de la part de tous les gouvernements : désengagement de l’État, baisse constante du nombre de constructions annuelles, augmentation des loyers et des revenus exigés pour l’accès aux H.L.M., destruction de barres et de tours sous prétexte de rendre les cités populaires plus vivables, mais sans les nouvelles constructions nécessaires, imposition de réfections payées par les locataires au seul bénéfice d’entreprises privées, plans de privatisation pure et simple, etc. Dans le même temps, des ménages désireux d’acheter un logement sont livrés à la merci des banques, qui pratiquent des prêts usuraires et condamnent des dizaines de milliers de familles au surendettement. Le parti communiste révolutionnaire internationaliste doit revendiquer :

Pour le droit aux transports

Le système capitaliste conduit les travailleurs à perdre un temps considérable dans les transports pour se rendre à leur travail, accroissant leur fatigue et leur stress. Par ailleurs, ces systèmes de transports en commun sont souvent de mauvaise qualité (ponctualité, confort, etc.), voire dangereux, soit parce que le service public manque d’argent ou poursuit une logique de rentabilité, soit parce qu’ils sont privés ; souvent, la qualité des services dépend de la catégorie sociale des personnes auxquelles ils sont rendus (ainsi le luxe de certains trains à grande vitesse et le plus souvent ponctuels contraste-t-il avec les trains de banlieue délabrés et toujours en retard). Beaucoup de travailleurs sont donc contraints d’utiliser leur propre automobile pour aller travailler, ce qui représente des frais et des risques d’accident supplémentaires. Cela conduit aussi à rendre les villes invivables (bruit, pollution, chauffards…). Le parti communiste révolutionnaire internationaliste doit tenir compte des préoccupations quotidiennes des travailleurs et mettre en avant les mots d’ordre suivants :

Par ailleurs, chaque année, dans chaque pays, des milliers ou des dizaines de milliers de vie sont fauchées dans les accidents de la route et, par ailleurs, les privatisations entraînent directement un nombre croissant de morts suite à des accidents d’avions ou de trains. Dans la plupart des cas, elles seraient évitables sans la logique du profit, qui implique notamment la substitution du transport routier (camions et cars) aux transports ferroviaires (marchandises et voyageurs), la construction de moteurs rapides et la survalorisation fantasmatique de la vitesse et de la voiture en général. Face aux hécatombes sur les routes, les hommes politiques de la bourgeoisie versent de temps en temps quelques larmes médiatiques. Mais, dans les faits, ils ne prennent que des mesures répressives et superficielles (renforcement médiatisé des contrôles les jours de départ en vacances, inscription du délit de grande vitesse au Code pénal, discours moralisateurs…) qui ont comme caractéristiques principales d’être à peu près inefficaces et surtout de ne pas coûter un sou aux capitalistes. En fait, seule une politique révolutionnaire pourrait agir efficacement dans ce domaine comme dans les autres, en imposant des règles de construction les plus sûres possibles pour toutes les voitures, en réduisant le nombre et la distance des transports entre le domicile et le lieu de travail et surtout en développant les transports en commun gratuits, rapides et confortables, qui seuls permettraient que les travailleurs renoncent à prendre chaque jour leur voiture et que les jeunes cessent de se tuer sur les routes le samedi soir. C’est pourquoi, dans l’agitation quotidienne, le parti communiste révolutionnaire internationaliste doit expliquer cela aux travailleurs et aux jeunes et mettre en avant, en plus des précédents, les mots d’ordre suivants :

Pour l’égalité des droits concernant la vie commune et les enfants

Le mariage bourgeois, fondé sur la propriété (et à plus forte raison encore le mariage féodal ou « traditionnel » qui existe encore dans de nombreux pays), institutionnalise un grand nombre d’inégalités et de discriminations : inégalité de l’homme et de la femme dans la plupart des pays, inégalité des couples mariés et non mariés, inégalité des couples hétérosexuels et homosexuels, inégalité entre les droits des enfants de ces différents couples. Le parti communiste révolutionnaire internationaliste doit dénoncer et combattre ces inégalités inhérentes au mariage bourgeois et réclamer l’égalité des droits. Il doit mettre en avant les mots d’ordre suivants :

Pour les droits des femmes

Dans les sociétés capitalistes, même « démocratiques », à l’exploitation des travailleurs salariés par le capital s’ajoutent des formes d’oppression spécifiques frappant certaines catégories de travailleurs, en raison de leur âge, de leur sexe, de leur religion, de leur origine. C’est pourquoi aux revendications communes à tous les travailleurs, viennent s’ajouter les revendications spécifiques de ces catégories particulières, dont le contenu peut être ainsi résumé : égalité en droits et égalité réelle des droits pour tous les individus, quels que soient leur âge, leur sexe, leur religion ou leur origine ethnique. Généralement, les partis bourgeois de « gauche » sont en paroles favorables à ces revendications « démocratiques ». Pourtant, bien qu’ils aient déjà gouverné à de multiples reprises, non seulement la plupart de ces revendications restent insatisfaites, mais certaines autrefois acquises sont aujourd’hui remises en cause par ces mêmes gouvernements. La raison en est qu’il n’est pas possible de satisfaire véritablement ces revendications « démocratiques » sans remettre en cause en même temps l’exploitation capitaliste elle-même ; or tous les partis bourgeois, même s’ils se disent de « gauche », refusent de s’en prendre à la domination de la bourgeoisie. Il revient donc au parti communiste révolutionnaire internationaliste de lutter pour ces revendications. Cela est d’autant plus vrai que, dans le cadre de l’offensive généralisée de la bourgeoisie pour reprendre à la classe ouvrière ce qu’elle avait dû lui céder, tous les gouvernements remettent en cause une série de droits spécifiques.

En ce qui concerne les femmes, qui ont été au cours de l’histoire humaine systématiquement opprimées par les hommes, la grande majorité d’entre elles subissent à la fois l’exploitation capitaliste en tant que travailleuses et une oppression dont elles sont victimes en tant que femmes, impliquant notamment le déni de leur liberté (en particulier la libre maîtrise de leur maternité, qui est un moyen essentiel pour l’émancipation des femmes) et de leur égalité par rapport aux hommes. Le parti communiste révolutionnaire doit revendiquer l’égalité et la liberté juridiques complètes dans tous les pays où elles ne sont pas reconnues. Il doit s’opposer à toutes les discriminations dont sont victimes les femmes, en particulier dans le cadre du travail. En ce qui concerne les droits spécifiques des femmes, il doit se prononcer :

Pour les droits des immigrés

L’inégalité de développement entre les différents pays, inévitable sous le capitalisme, est devenue à l’époque de l’impérialisme particulièrement criante. Elle pousse des millions d’hommes, acculés dans leur propre pays à la misère la plus grande à tenter de s’en sortir en immigrant vers des pays plus riches. Or, dans ces pays, les immigrés et même leurs enfants sont traités comme des citoyens de seconde zone, quand ils ne sont pas traités a priori comme des délinquants. Des milliers sont renvoyés dans leur pays d’origine manu militari (même quand, ayant passé leur enfance dans le pays d’élection de leurs parents, ils n’ont aucun lien avec ce prétendu « pays d’origine »). Des millions sont contraints par les lois bourgeoises à une clandestinité qui les prive de tous droits et les livre à une exploitation maximale, quand ce n’est pas la prostitution. Même quand ils sont autorisés à séjourner, les travailleurs immigrés subissent une oppression spécifique en tant qu’étrangers, victimes du racisme, de la discrimination et de la privation des droits civiques. En outre, depuis le milieu des années 70, les gouvernements de « droite » et de « gauche » ont mis en place tout un arsenal législatif contre les travailleurs immigrés : lois remettant en cause le droit du sol, créant les centres de rétention administrative, instituant la « double peine » ; refus de régulariser les travailleurs qui se retrouvent « sans-papiers » à cause de ces lois ; expulsions massives ; mise en cause du droit d’asile…

Le parti communiste révolutionnaire doit combattre contre les préjugés racistes, œuvrer à l’unité des travailleurs « nationaux » et immigrés, qui constituent ensemble, dans chaque pays, une seule et même classe ouvrière. Aux tentatives de la bourgeoisie de briser l’unité de la classe ouvrière en dressant des « communautés » les unes contres les autres, notamment en fabriquant des ghettos urbains, en mettant en place des systèmes de quotas, fût-ce au nom d’une discrimination prétendument « positive » — par exemple à l’école —, le parti communiste révolutionnaire internationaliste oppose la défense de l’égalité des citoyens devant la loi, la laïcité de l’École et de l’État et la revendication des mêmes droits pour les travailleurs étrangers résidents que pour les travailleurs « nationaux » :

Pour les droits des personnes handicapées

Dans la société bourgeoise où l’individualisme est la valeur « sociale » dominante, les personnes handicapées physiques doivent se battre pour imposer leur droit à une existence la plus autonome possible et les proches des handicapés mentaux doivent se battre pour que les droits de leurs parents et enfants soient reconnus et respectés. La délivrance des handicapés des mains des Églises et des organisations caritatives, la reconnaissance du devoir de l’État de leur assurer les conditions légales, matérielles et financières pour l’exercice et le respect de leurs droits, est un combat que le parti communiste révolutionnaire ne doit en aucun cas négliger. Alors que les gouvernements successifs ne cessent d’avancer le prétexte de la « discrimination positive » quand il s’agit de casser l’égalité républicaine des droits, ils invoquent l’égalité et le droit à l’intégration pour casser les droits spécifiques des personnes handicapées physiques ou mentales. Ainsi ferment-ils les classes et les établissements spécialisés en prétendant intégrer les enfants handicapés dans les classes normales, au détriment du droit à un enseignement spécialisé, voire du droit aux soins. Ainsi ferment-ils également les hôpitaux psychiatriques au lieu d’y améliorer les conditions de vie et de soins des malades, jetant à la rue des milliers de malades mentaux qui finissent par croupir dehors, quand ce n’est pas en prison. De manière générale, les structures publiques de soins et d’instruction sont notoirement insuffisantes pour les handicapés. Par ailleurs, le droit au travail des handicapés est extrêmement limité, les entreprises privées ne voulant pas embaucher des personnes dont les capacités sont diminuées ; dans ce domaine qui est le seul où des mesures de « discrimination positive » soient nécessaires, les quotas actuels de personnes handicapées parmi les personnels des entreprises et des services publics sont notoirement insuffisants et rarement respectés. Enfin, les aménagements des lieux publics requis pour rendre la vie quotidienne des handicapés physiques la plus autonome possible sont scandaleusement insuffisants. Le respect des droits des handicapés exige d’abord et avant tout une politique de rupture avec la logique de la rentabilité capitaliste, que seul un gouvernement ouvrier pourra mettre en œuvre de manière énergique et vraiment efficace. Le parti communiste révolutionnaire internationaliste doit mettre en avant les mots d’ordre suivants :

Pour la défense de la jeunesse

Dans de nombreux pays, les jeunes constituent la majorité de la population et sont parmi les premières victimes des maux dont souffre la population en général, à commencer par les guerres, les épidémies, les famines, la prostitution, les viols. Dans tous les pays, les jeunes travailleurs sont frappés de plein fouet par les maux que subit toute la classe ouvrière, notamment le chômage, le travail précaire et la déqualification. Les jeunes des familles populaires sont en outre les premières victimes de la liquidation des systèmes d’enseignement général et professionnel public. Les jeunes sont les premières victimes du SIDA ou encore des accidents de la route. Partout, un nombre considérable de jeunes se voit privé de tout droit à profiter de la vie, à être indépendant, à construire son propre avenir ; les taux de suicide chez les jeunes ne cessent de croître. C’est pourquoi le parti communiste révolutionnaire internationaliste se prononce :

De plus, une partie importante de la jeunesse est aujourd’hui victime de la drogue, qui détruit des dizaines de milliers d’individus dans le monde. Les politiciens bourgeois, en particulier « de gauche », redoublent ici de raffinement pour duper les masses. D’un côté, ils ne cessent de présenter certaines drogues (dites « drogues douces ») comme inoffensives, certains d’entre eux en réclament la « légalisation » ; de l’autre, ils font mine de lutter contre le trafic de drogue. Autrement dit, d’un côté, ils aident au développement du marché de la drogue, de l’autre ils harcèlent les consommateurs et les petits trafiquants, lesquels sont le plus souvent les premières victimes de la drogue, sans jamais s’attaquer aux gros bonnets qui organisent le trafic et en tirent de juteux profits. Ils ne peuvent et ne veulent évidemment pas sérieusement s’attaquer à ces gros trafiquants, car cela impliquerait de s’attaquer aux banques et aux institutions financières « honorables » et moins honorables, qui organisent le blanchiment de l’argent de la drogue et de l’argent du crime organisé en général. Ils ne peuvent et ne veulent pas davantage s’attaquer à la production de la drogue et à son développement, produit de la ruine de l’agriculture des pays pauvres, organisée sciemment par le F.M.I et la Banque mondiale. En un mot, ils ne peuvent en aucun cas protéger la jeunesse contre ce fléau qui la ronge et menace de la détruire car le marché de la drogue est, en valeurs, le plus gros marché du monde.

C’est pourquoi toute la responsabilité du combat pour préserver la jeunesse de la destruction par les drogues repose sur la mobilisation organisée des travailleurs et des jeunes eux-mêmes. S’opposant à la fois à ceux qui prétendent que la pénalisation permet de lutter contre la drogue et à ceux qui prônent la dépénalisation pour mieux se dispenser du nécessaire combat politique contre les vraies causes de l’extension du trafic de drogue et contre les ravages que celle-ci provoque dans la jeunesse, le parti communiste révolutionnaire internationaliste doit dénoncer de manière systématique la fonction économique et politique des drogues, dénoncer les banques et les gouvernements qui se font les complices objectifs des trafiquants et œuvrer au combat des travailleurs et des jeunes contre la drogue, contre le trafic qui pourrit la vie des quartiers, contre les interventions de la police qui criminalise toute la jeunesse. Il avance en particulier les mots d’ordre suivants :

Pour la protection de l’environnement

Le développement anarchique de l’économie capitaliste provoque une détérioration rapide, massive et largement irréversible de l’environnement (marées noires, pollution de l’atmosphère, des rivières et des nappes phréatiques, déforestation, réchauffement climatique amplifiant ou risquant d’amplifier bientôt les catastrophes naturelles, etc.). Les politiciens bourgeois déplorent en paroles la destruction de l’environnement, qui est devenue un fonds de commerce électoral largement partagé ; mais, dans les faits, même quand ils sont de soi-disant « écologistes », ils ne prennent aucune des mesures énergiques et systématiques qui seraient nécessaires pour protéger efficacement l’environnement, car ils savent que de telles mesures nécessiteraient de s’attaquer au principal responsable de toutes ces pollutions : la logique même du mode de production capitaliste, où la production est aiguillonnée par la recherche du profit et où, comme le dit Marx, chaque capitaliste a pour principe — et ne peut pas ne pas avoir pour principe — : « Après moi le déluge ! » — Au lieu de cela, les politiciens bourgeois proposent des « mesurettes » plus médiatiques qu’efficaces et tiennent avant toute chose un discours moralisateur, visant par exemple à faire retomber la responsabilité des destructions de l’environnement sur les petits paysans à demi ruinés qui n’ont pas les moyens d’acheter les produits les moins polluants et sur les travailleurs qui prennent leur voiture pour aller travailler parce qu’ils n’ont pas d’autres choix. Le parti communiste internationaliste doit avancer au contraire les revendications suivantes :

Pour les comités d’usine, pour la levée du secret commercial et le contrôle ouvrier sur les grandes entreprises

La plus petite grève porte en germe la remise en cause du système de la propriété privée des moyens de production. Toute grève attente à la « liberté » d’entreprendre, contre la « liberté » du capitaliste d’embaucher et de débaucher à son gré et contre la « liberté » du propriétaire d’imposer ses conditions aux travailleurs. C’est pourquoi le parti communiste révolutionnaire internationaliste doit apporter son soutien politique aux grèves des travailleurs contre le capital (ou l’État-patron), expliquant aux grévistes, par l’agitation et la propagande, la signification et les implications politiques de leur grève revendicative, quels que soient ses résultats immédiats.

Lorsque les travailleurs se décident — spontanément ou à l’appel de leurs organisations — à la mobilisation pour leurs revendications, les militants communistes révolutionnaires internationalistes doivent combattre pour que les assemblée générales souveraines de personnels se tiennent et pour les transformer en comités de grève dès que nécessaire. Les comités de grève doivent être élus par l’ensemble des travailleurs en lutte, mandatés et révocables à tout moment ; à l’encontre de toute position gauchiste, les militants communistes révolutionnaires internationalistes font valoir que les représentants syndicaux — s’ils soutiennent réellement les revendications — doivent faire partie du comité de grève, sous le contrôle direct de tous les personnels. Dès que la grève prend une tournure consciemment politique — grève avec occupation d’usine, grève de protestation politique, grève générale —, le parti communiste révolutionnaire internationaliste doit intervenir ouvertement dans la lutte et mettre en avant le mot d’ordre de « comités d’usine » (ou comités d’établissement) élus par les travailleurs, pour aider ceux-ci à constituer leur propre pouvoir dans l’entreprise, face à la direction capitaliste. Ce mot d’ordre de construction du contre-pouvoir ouvrier ne se confond en aucun cas avec le mot d’ordre corporatiste de « co-gestion » ou avec le mot d’ordre soi-disant radical de la prétendue « auto-gestion » ne remettant pas en cause la propriété privée des moyens de production ; le rôle du comité d’usine est d’apprendre aux ouvriers à s’organiser pour faire marcher l’usine sous leur propre responsabilité, sans les patrons et leurs valets. Le comité d’usine vise à constituer le rapport de force nécessaire pour enlever le pouvoir à la direction de l’usine et lui substituer la direction des travailleurs eux-mêmes sur leur propre production.

Les comités d’usine servent immédiatement à faire le lien entre les différentes entreprises d’une même localité et entre les différentes usines d’une même société. La première tâche d’un comité d’usine est de sortir la lutte du cadre de l’établissement, dans le but d’obtenir à la fois l’extension de la lutte aux autres entreprises et le soutien de la population locale.

L’une des premières fonctions des comités d’usine est de rendre publics les comptes des grandes entreprises, en s’appuyant sur l’opinion publique ouvrière et populaire. De nos jours, le développement de la « mondialisation » capitaliste et les progrès des techniques de comptabilité et de gestion des entreprises permettent aux capitalistes de maquiller leurs comptes officiels avec un degré de sophistication incroyable. Il en résulte un développement inévitable, à une échelle gigantesque, de la fraude, de la corruption, de la transformation-éclair de gains en pertes (ou création de filiales artificiellement « bénéficiaires » ou « déficitaires ») et inversement selon qu’il s’agit de tromper les boursicoteurs ou de « justifier » des charrettes de licenciements... Aucun gouvernement, qu’il soit de droite ou de gauche, ne peut ni ne veut contrôler réellement les comptes des grandes entreprises, car ce serait violer le sacro-saint secret commercial intrinsèquement lié à la propriété privée des moyens de production. Seuls les travailleurs organisés dans leurs comités peuvent imposer la levée du secret commercial.

Celle-ci est le premier pas vers le contrôle ouvrier des entreprises (qu’elles soient privées ou nationalisées), organisé par les comités d’usine. Les comités d’usine doivent s’efforcer de délivrer aux travailleurs les éléments de formation administrative et technique nécessaires à la gestion de l’entreprise, en sollicitant la participation de tous les cadres et techniciens qui en sont d’accord. Par leur contrôle sur les comptes, l’administration et le fonctionnement des entreprises et par leur fédération locale, régionale et nationale, les comités d’usine rendent possibles de premiers pas concrets vers l’élaboration d’un plan rationnel pour organiser la production.

Pour l’auto-défense du prolétariat

Dans sa lutte contre les patrons et l’État bourgeois, le prolétariat en lutte se heurte régulièrement à la police et à l’armée et, dans certains pays ou à certaines périodes, à des bandes armées privées. Toute lutte de classe est potentiellement violente, même lorsqu’elle s’inscrit dans le cadre de la loi. Le prolétariat doit donc se tenir prêt à l’auto-défense : le parti communiste révolutionnaire intervient pour aider les travailleurs et leurs syndicats à comprendre qu’ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour se défendre, sans avoir quelque confiance que ce soit dans la police et la justice bourgeoises. En période « pacifique », il l’aide à constituer son service d’ordre pour ses manifestations, ses piquets de grève en cas de grève, ses relations avec des avocats compétents et acquis à la cause ouvrière en cas de procès, etc. Dès que le besoin s’en fait sentir, il n’hésite pas à appeler à la constitution de « milices ouvrières », sous le contrôle des comités d’usine édifiés par les travailleurs, et autant que possible en relation avec les syndicats.

Pour l’expropriation de certains groupes capitalistes

À l’issue de la Seconde Guerre mondiale et dans les années qui ont suivi, une vague de nationalisations a déferlé sur les pays d’Europe et dans les États dominés accédant à l’indépendance nationale. Ces nationalisations furent le produit de la trahison stalinienne et sociale-démocrate de la mobilisation révolutionnaire des masses, les appareils faisant croire aux travailleurs qu’il s’agissait de premiers pas vers la réalisation du socialisme, alors qu’il s’agissait en fait pour eux de participer activement à la reconstruction du système capitaliste. En Europe, les bourgeoisies ne pouvaient reconstruire rapidement l’économie et l’État capitalistes en se contentant d’attendre que les initiatives privées et le marché fissent repartir l’économie : c’eût été trop long, et les travailleurs n’eussent pas attendu pour reconstruire eux-mêmes la société sur de nouvelles bases. Les nationalisations ont permis à l’État de disposer d’un pouvoir gigantesque sur l’économie, la planification, les dollars américains et l’appel à la main d’œuvre immigrée complétant le dispositif pour une reconstruction rapide. Le prix à payer pour la bourgeoisie fut, outre le renoncement temporaire à la propriété privée d’un certain nombre de secteurs-clés de l’économie, l’acquisition de conquêtes sociales extrêmement importantes (Sécurité sociale, statuts des fonctionnaires et des personnels des entreprises nationalisées, enseignement professionnel public, loi sur les conventions collectives, etc.) — Aujourd’hui, les services publics en général sont privatisés les uns après les autres, au détriment de leur qualité, du maillage national du territoire, de la péréquation tarifaire et des statuts des personnels ; le parti communiste révolutionnaire internationaliste doit donc s’opposer à leur privatisation. En outre, il a de bonnes raisons de défendre la forme nationale de ces entreprises capitalistes : cette forme rendra plus facile que dans le cadre des trusts privés leur appropriation par la prolétariat construisant l’État ouvrier. Le parti communiste révolutionnaire doit donc mettre en avant les mots d’ordre suivants :

Par ailleurs, il doit revendiquer, dès que l’occasion s’en présente, l’expropriation (sans indemnités ni rachat) de certaines grandes entreprises : celles qui assurent des missions de service public (service des eaux, des ordures, etc.), celles dont l’État est actionnaire (France Telecom, Alsthom, etc.) ou qui reçoivent de grasses subventions du gouvernement pour éviter leur faillite (Crédit lyonnais, etc.), celles dont le comportement suscite l’indignation de l’opinion publique populaire à cause de leurs plans de licenciements massifs, de la corruption notoire de leurs dirigeants, ou des catastrophes qu’elles provoquent (TotalFinaElf, etc.)…

Mais, dans tous les cas, quelle que soit leur formulation tactique (défense des services publics, renationalisation, expropriation…), ces mots d’ordre doivent impérativement être reliés, dans l’agitation elle-même, à la perspective du gouvernement des travailleurs, pour les travailleurs, par les travailleurs : le parti communiste révolutionnaire ne fait en aucun cas croire aux masses qu’un gouvernement bourgeois (qu’il soit de droite ou de gauche) pourrait mettre en œuvre lui-même ces mesures, même si on l’y poussait très fort. Combattant les illusions des masses, en particulier les illusions qui leur ont été inculquées par des décennies de réformisme social-démocrate et stalinien, le parti communiste révolutionnaire internationaliste doit expliquer au contraire, pour chaque cas concret, que seule la mobilisation révolutionnaire des masses pourra imposer de telles mesures, que tous les partis bourgeois de droite et de gauche qui ont géré et qui gèrent le capitalisme ne pourront et ne voudront jamais les prendre, qu’aucune « réforme » parlementaire ne permettra de reconstruire les services publics, de les renationaliser ou d’exproprier de grands groupes capitalistes. Seul un gouvernement représentant réellement les intérêts des travailleurs, donc seul un gouvernement de rupture avec la logique de la propriété privée des moyens de production, pourra prendre de premières mesures en ce sens.

Pour l’expropriation des banques privées et du système de crédit

Au stade impérialiste du capitalisme, les banques sont les principaux bailleurs de fonds des grands groupes industriels, leur capital et celui des grosses entreprises sont étroitement imbriqués et leurs taux d’intérêt orientent de manière décisive les investissements productifs. En outre, de nos jours, la Bourse joue un rôle majeur et de plus en plus important dans le financement des grandes entreprises ; or les banques sont les principaux « investisseurs institutionnels » qui achètent et vendent les actions, rendant l’existence des plus grosses entreprises du monde extrêmement précaire (c’est la fameuse « dictature des marchés financiers »). Enfin, les banques s’approprient une part considérable du budget des États et des collectivités publiques, par l’intermédiaire des intérêts de leurs prêts. — Étant donné l’importance décisive du système bancaire et de la Bourse dans le financement des grandes entreprises, le parti communiste révolutionnaire internationaliste doit mettre en avant les mots d’ordre suivants :

Pour la nationalisation des grands domaines agricoles

Dans l’agriculture des pays développés, où la réforme agraire a déjà eu lieu depuis longtemps (contrairement à la plupart des pays dominés), c’est la nationalisation des grands domaines qui est à l’ordre du jour, en relation étroite avec la défense des petits paysans propriétaires, auxquels le prolétariat doit s’allier (cf. le point suivant). En effet, tandis que les petits paysans propriétaires sont toujours plus nombreux à se faire gruger et ruiner par la concurrence des gros fermiers, les banques et les grands distributeurs, avec la complicité de l’État (et de l’Union européenne), les gros propriétaires et les fermiers capitalistes, en revanche, réalisent des profits considérables, tout en empochant les grasses subventions de l’État (et de l’U.E.) et en polluant la terre et l’eau sur une échelle gigantesque. Face à cette situation, seules des mesures énergiques contre les gros paysans capitalistes et leurs alliés financiers et commerciaux permettront de réorganiser l’agriculture de manière saine et rationnelle, de contrôler les prix et d’endiguer les désastres écologiques en cours. Le parti communiste révolutionnaire doit mettre en avant les mots d’ordre suivants :

Pour l’alliance avec la petite bourgeoisie laborieuse opprimée par le grand capital et par l’État

La petite bourgeoisie laborieuse est elle aussi très souvent victime du grand capital, qui s’approprie une part considérable du fruit de son travail, conduisant même certaines de ses fractions à la disparition pure et simple. D’autre part, cette petite bourgeoisie appartient au peuple, elle rend des services quotidiens aux travailleurs salariés et leur est liée de manière inextricable dans leur vie hors de l’usine. En conséquence, tout en combattant toutes les positions réactionnaires que véhicule naturellement cette classe sociale, tout en ne lui faisant aucune concession sur les principes, le parti communiste révolutionnaire internationaliste doit s’efforcer de s’allier avec elle pour combattre le grand capital et ses États, tout en essayant de gagner ses fractions et ses individus les plus progressistes à la cause de la révolution communiste. Dans ce but, ils mettent en avant les mots d’ordre suivants :

Contre les guerres déchaînées par l’impérialisme

Le système capitaliste parvenu à son stade impérialiste est la cause de la quasi-totalité des 250 guerres qui, durant tout le XXe siècle, ont ravagé 110 millions de vie, estropié des centaines de millions d’êtres humains, briser l’existence de millions et de millions au compte d’une infime minorité de profiteurs capitalistes et d’États impérialistes.

Le parti communiste révolutionnaire internationaliste doit combattre sans faille contre toutes les guerres fomentées par l’impérialisme, en particulier, de nos jours, sous la forme des prétendues guerres « ethniques ». En aucun cas il ne doit tomber dans le pacifisme caractéristique des petits-bourgeois et des réformistes. Il doit dénoncer tout particulièrement les illusions portant sur les institutions comme l’O .N.U. qui prétendent dire le « droit international » et se servent en réalité de ce paravent pour camoufler leurs diktats impérialistes. Il doit soutenir les mobilisations des masses, y compris militaires, en faveur de leur libération nationale et, sans se solidariser d’aucune façon avec les méthodes contraires à celles du mouvement ouvrier, ne verse en aucun cas dans le moralisme ou le renvoi dos-à-dos de opprimés et de leurs oppresseurs. Il doit combattre pour donner à ces mobilisations une orientation politique de rupture avec le système capitaliste et l’État bourgeois. Dans cette perspective, il doit avancer les mots d’ordre suivants :

Le parti communiste révolutionnaire internationaliste doit aussi combattre le militarisme impérialiste sous toutes ces formes, qui prépare et alimente les guerres impérialistes :

Pour la substitution d’une armée, d’une police et d’une justice populaires à l’armée, la police et justice bourgeoises

L’armée dévore une part considérable du budget de l’État, mais elle ne sert en aucun cas les intérêts de la population qui paie pour elle. En ce qui concerne la plupart des pays développés, elle sert aujourd’hui avant tout à des opérations impérialistes partout dans le monde (fût-ce en se donnant un visage « humanitaire ») — tout en pouvant toujours servir contre les travailleurs quand ce sera nécessaire. Il en résulte une « professionnalisation » de l’armée, où les spécialistes sont toujours plus nombreux, au prix d’un gâchis considérable de forces de travail, qui pourraient être utilisées pour la satisfaction des besoins de la population. Le parti communiste révolutionnaire internationaliste doit dénoncer cet instrument impérialiste et parasitaire et mettre en avant les mots d’ordre suivants :

Les institutions de la police et de la justice, elles aussi extrêmement coûteuses, ne servent guère davantage les intérêts de la population. Autant elles sont efficaces et promptes quand il s’agit de jeter en prison les petits délinquants et de protéger les dirigeants d’entreprises et les hommes politiques corrompus, fraudeurs ou voleurs, autant elles sont impuissantes quand il s’agit de condamner les actes illicites des grosses entreprises ou de lutter contre les gros gangsters, les mafias et les trafiquants de drogue. Si l’on excepte des fonctions sociales nécessaires comme le contrôle de la circulation automobile et certaines tâches administratives utiles, la police passe le plus clair de son temps d’intervention à terroriser les jeunes des banlieues (contrôle au faciès, provocations dans les cités...) et à expulser les immigrés. Elle est également sollicitée pour mâter les manifestants dès que ceux-ci insistent un peu pour négocier sur la base de leurs revendications. De manière plus générale, sa fonction est d’exécuter les ordres répressifs du gouvernement : elle constitue donc un danger permanent pour les travailleurs et la jeunesse. — Quant à la justice, elle reste également un instrument d’application des lois de l’État bourgeois, même lorsque d’importantes conquêtes démocratiques ont été arrachées ; elle ne voit le plus souvent pas d’autres peines que des peines d’argent (d’autant plus lourdes qu’on est plus pauvre) et de prison (alors que la prison n’a jamais résolu quelque problème social que ce soit). En outre, la barrière de l’argent permet aux plus riches de se lancer dans les procédures et de se payer les meilleurs avocats — ainsi que les éventuelles cautions leur permettant de recouvrer la liberté —, tandis que les plus pauvres sont le plus souvent obligés de renoncer à faire valoir leurs droits, tant les procédures sont compliquées dès qu’il s’agit de cela, et ne disposent que d’avocats surchargés d’affaires à traiter, qui ne peuvent les défendre correctement. De plus, les juges jouissent le plus souvent de pouvoirs exorbitants, sans être contrôlés par personne. Enfin, dans les prisons, les inégalités sociales sont décuplées par le règne du non-droit et de la corruption : les « personnalités » jouissent des meilleurs conditions même lorsque ce sont les pires criminels, alors que les prisonniers normaux sont entassés dans les cellules, privés de tous droits, humiliés, victimes de la loi du plus fort, poussés au désespoir (drogues, suicide, etc.). — Le parti communiste révolutionnaire doit mettre en avant les mots d’ordre transitoires suivants :

Pour un gouvernement servant les intérêts des travailleurs (gouvernement ouvrier, gouvernement ouvrier et paysan, gouvernement des organisations ouvrières)

Pour faire pénétrer dans la conscience des travailleurs la nécessité d’un gouvernement des travailleurs, par les travailleurs, pour les travailleurs, le parti communiste révolutionnaire doit avancer, sous une forme populaire, des mots d’ordre de dénonciation des institutions bourgeoises en place dans chaque pays et des mots d’ordre de rupture avec les gouvernements bourgeois. Il doit dénoncer en particulier la démocratie bourgeoise, quelle que soit ses formes, comme un instrument de duperie des masses, construit par la bourgeoisie dans son propre intérêt, quand bien même les travailleurs et leurs organisations ont réussi dans certains cas à imposer leurs propres conquêtes dans ce cadre. Il doit dénoncer sans relâche les institutions existantes (monarchie constitutionnelle, république présidentielle, république parlementaire, Ve République, etc.). Il doit exiger que les représentants élus du peuple rendent compte de leur mandat et qu’ils soient révocables. Il doit faire valoir que les travailleurs doivent pouvoir décider eux-mêmes la forme et le contenu de l’État, afin d’imposer aux capitalistes, aux spéculateurs et aux politiciens leurs revendications collectivement définies. Dans cette perspective, le mot d’ordre d’Assemblée constituante souveraine des délégués élus, mandatés et révocables peut être avancé.

Lorsque la question du pouvoir est posée (élections, grève générale, guerre civile, guerre de libération nationale…), le parti communiste révolutionnaire internationaliste doit soutenir — sans la crainte gauchiste d’y perdre son âme — le combat pour la conquête du pouvoir de partis ouvriers-bourgeois de masse, et, dans les pays dominés, de partis petits-bourgeois de masse (paysans ou nationalistes-anti-impérialistes) : tel est le cas (de moins en moins fréquent de nos jours, en raison de la dislocation des organisations traditionnelles du prolétariat) lorsque ces partis, quel que soit leur passé, avancent un programme de rupture avec la bourgeoisie et les puissances impérialistes, se comportent en conséquence et s’engagent à constituer un gouvernement faisant progresser les revendications ouvrières et populaires (« gouvernement ouvrier » ou « ouvrier et paysan »). Certes, dans la pratique, il n’arrive jamais que ces partis ouvriers-bourgeois et petits-bourgeois, une fois parvenus au pouvoir, s’engagent effectivement en ce sens et fassent ce qu’ils ont promis : conformément à la nature bourgeoise de leur appareil, ils font et ne peuvent pas ne pas faire en dernière analyse une politique contraire aux intérêts des travailleurs, voire frontalement anti-ouvrière et anti-populaire, et le parti communiste révolutionnaire internationaliste doit en avertir les travailleurs ; mais, tant que ce parti ne peut pas espérer conduire lui-même les masses à l’assaut du pouvoir, tant que ces partis ouvriers-bourgeois (ou petits-bourgeois dans les pays dominés) jouissent de la confiance des masses parce qu’ils n’ont pas encore fait leurs preuves au gouvernement, il est nécessaire de combattre pour le front unique avec ces partis, afin de faire progresser la combativité et la conscience des masses et de leur montrer concrètement, au-delà de toute propagande, le caractère traître des appareils. Une telle politique ne peut bien évidemment être menée qu’à la condition expresse que le parti communiste révolutionnaire internationaliste garde son indépendance politique et organisationnelle (y compris militaire le cas échéant) et mette en avant ses propres mots d’ordre de transition, c’est-à-dire le programme qu’il estime devoir être celui du gouvernement de rupture avec la bourgeoisie. (Sur la tactique du front unique ouvrier en général, cf. ci-dessous, point III, e.)

Dans la même perspective et dans les mêmes conditions, le parti communiste révolutionnaire internationaliste ne doit pas hésiter à proposer le front unique ouvrier aux organisations syndicales ouvrières qui sont susceptibles de s’engager à soutenir des partis ouvriers ou même à constituer elles-mêmes un gouvernement de rupture avec la bourgeoisie ou qui présentent ou soutiennent des candidatures de représentants ouvriers allant dans ce sens. Le mot d’ordre de « gouvernement des organisations ouvrières » peut être avancé dans ce cas.

Dans les pays où les partis ouvriers-bourgeois (et petits-bourgeois) ont déjà fait leurs preuves aux yeux des masses en gouvernant au service du capital, et a fortiori dans les pays où ces partis ouvriers-bourgeois se sont transformés ou sont en voie de se transformer complètement en partis bourgeois, le parti communiste révolutionnaire internationaliste ne peut évidemment compter que sur lui-même, lorsque la question du pouvoir est posée, pour mettre en avant une plate-forme de revendications transitoires débouchant sur le mot d’ordre d’un gouvernement de rupture avec la bourgeoisie, servant les intérêts des travailleurs. En aucun cas il ne renonce à cette perspective, quelle que soit sa force et quelle que soient les circonstances ; toute autre politique ne peut mener qu’à l’opportunisme et, en dernière analyse, à tourner le dos aux tâches de la révolution. Cependant, dans cette situation, il doit, si les circonstances s’y prêtent, proposer publiquement un front unique pour le gouvernement ouvrier aux autres organisations qui se réclament de la révolution (organisations centristes et gauchistes), sur la base d’une plate-forme comprenant un certain nombre de revendications transitoires correspondant à l’état d’esprit des masses et débouchant nécessairement sur la perspective politique d’un gouvernement de rupture avec la bourgeoisie, au service des travailleurs. Si les organisations en question refusent sous une forme ou sous une autre, le parti communiste révolutionnaire internationaliste aidera les travailleurs et leurs propres militants à comprendre leur opportunisme centriste ; si elles acceptent, une dynamique s’enclenchera qui élèvera la volonté de combat des militants et des travailleurs, aiguisera leur conscience et ouvrira au parti des perspectives certaines de progression.

Pour les « soviets »

Dès que la crise révolutionnaire est ouverte, dès que, comme dit Lénine, les masses ne peuvent et ne veulent plus vivre comme avant et que le gouvernement bourgeois ne peut plus gouverner comme avant, dès que les travailleurs passent à l’offensive en constituant leurs comités d’usine, de quartier, de contrôle des prix, etc., aspirant par là même à s’unir tous ensemble dans une fédération de comités politiques contre le gouvernement et les capitalistes, la situation devient mûre pour que le parti communiste révolutionnaire mette en avant le mot d’ordre transitoire suprême :